jeudi 7 août 2008

Une folle journée

Voilà enfin le récit d'une journée qui fût chargée en évènements. Celle de la naissance de Lisa.

Nous vous avions quittés ce mercredi 30 juillet au matin alors que nous prenions la route pour la clinique afin que Cathy puisse avoir un accouchement déclenché car nous étions entrés dans la limite que nous accordait le Dr Mintz pour un accouchement naturel.

07h40 :
Nous arrivons dans le service et sommes accueillis comme de coutume par le sourire chaleureux d'Alexia. Celle ci nous entraîne tout de go dans une salle de travail plutôt que dans celle de pré-travail nous expliquant qu'on y serait mieux pour passer la journée plutôt que de devoir attendre qu'une salle se libère le moment venu. Aussitôt elle met Cathy sous monitoring.


08h20 :
Arrivée du Dr Mintz. Il décide de passer tout de suite en mode perfusion. Ce sera donc directement le long processus de déclenchement des contractions pour Cathy à partir de cette heure là.

09h05 :
Les oscillations du rythme cardiaque de Lisa sur le monitoring ne sont pas très bonnes. D'après Alexia il est probable qu'elle ait le cordon ombilical autour du cou ou du poignet. Dans tous les cas une gène possible mais aucune raison de s'inquiéter.

09h15 :
La question est de savoir si Cathy va accoucher avant que j'attrape une bronchite car dans la salle la clim' est a fond et une vague histoire de conflit avec le climatiseur rend impossible tout réglage. Cathy est recouverte d'une bonne couverture mais je suis en tee-shirt.


09h30 :
Alexia me demande de la suivre pour l'attribution d'une chambre. Même si c'est vrai elle en profite pour m'annoncer en tête à tête une toute autre réalité. Le monitoring est vraiment pas bon et nous nous dirigeons avec 75% de risques vers une césarienne. La nouvelle n'est pas facile à avaler et elle veut savoir comment traiter l'information auprès de Cathy. Le choix est vite fait, il faut lui dire, très vite; mais la préparer un minimum avant.
Je monte ensuite dans la chambre que l'on m'a indiqué afin d'y déposer quelques affaires. A peine fait, l'auxiliaire puéricultrice présente à l'étage me demande ce que l'on prend au petit déjeuner et fini par me proposer plutôt une chambre donnant de l'autre coté du bâtiment. On passerait ainsi d'une vue sur rue bruyante à une vue sur courette calme mais très chaude car le soleil tape dessus tout l'après-midi. L'espace est petit et je me demande comment ils vont caser un lit d'accompagnant dans un endroit si exigu.

10h00 :
Je suis de retour en salle d'accouchement et Alexia vient nous présenter l'équipe qui va nous épauler toute la journée. M.C. l'auxiliaire puéricultrice et surtout G. sa remplaçante en tant que sage-femme. Elle nous dit avec le sourire et humour que ce sont des vieilles de la vieille (en effet, pas trop le même age qu'Alexia) et que nous sommes entre de bonnes mains. La suite allait nous prouver le contraire bien plus qu'on ne l'aurait craint.

10h30 :
Alors que je reviens des toilettes je trouve Alexia au chevet de Cathy, elle lui tient la main et lui parle doucement. Elle vient de lui annoncer pour le fort risque de césarienne. Je tente d'aider Alexia en relativisant la situation auprès de Cathy. Lisa ne supporte pas les contractions et s'il le faut alors nous devrons en passer par là pour elle. Alexia finissait son service à 10h00 mais ne sort de la salle qu'une fois Cathy partiellement rassurée sur la façon dont elle sera prise en charge médicalement. On ne saluera jamais assez le professionnalisme et l'humanité de cette jeune femme.

10h35 :
A peine Alexia est elle partie que l'ambiance change étrangement dans la salle de travail. L'ineffable G. fait son apparition. Après avoir trifouillée quelques appareils elle apperçoit le téléphone de service qu'elle a posée quelques instant plus tôt sur le lit à coté de Cathy et nous demande s'il est à nous avant de se souvenir qu'il est bien à elle. Avec ma chérie on échange un regard interloqué et légèrement apeuré. G. me dit sèchement que je dois passer une blouse et des sur-chaussures immédiatement sans prendre la peine de m'indiquer où je peux trouver ces accessoires. Heureusement que je trouve une personne plus charitable dans les couloirs.



11h00 :
Les contractions commencent à être douloureuses. Nous demandons à ce que l'anesthésiste vienne mais G. semble insensible à notre requête. Elle passe sont temps à s'affairer sur l'appareil qui envoie la perfusion à Cathy; celui ci à des dysfonctionnements et G. n'y comprend rien. Elle passera une partie de la journée à le relancer avant qu'il déconne à nouveau passant en des modes "occlusion" ou "en attente" plutôt inquiétant. Surtout lorsqu'on demande ce qu'il en es et que G. nous répond sèchement que ça nous regarde pas, que c'est SON travail.
Une réponse qu'on aura à longueur de journée et dont l'exemple le plus frappant fût quand Cathy s'inquiéta de ne plus entendre les battements du coeur de Lisa sur le monitoring. J'étais sorti déjeuner à ce moment là et Cathy actionna deux fois la sonnette dans le vide pour appeler du secour. A mon retour G. arriva enfin et à nos questions "qu'est ce qui se passe? pourquoi on entend plus le coeur?" fit toujours la même réponse. Là on c'est un peu énervé, lui faisant bien comprendre que CA nous regardait. elle monta le son afin qu'on entende bien le coeur et à notre question "est ce qu'elle va bien?" sa seule réponse fût "ben vous l'entendez que ça va". A ce moment là nous nous sentions bien seuls face à ce qui nous paraissait de plus en plus comme une folle. On la voyait errer à longueur de temps dans la salle, se demandant à elle même et à voix haute ce qu'elle devait faire. Cherchant continuellement du scotch par çi, des ciseaux par là; ne sachant jamais ce qu'elle avait fait de ces affaires. Me donnant toujours l'impression de la déranger en étant dans ses jambes. Il faut dire aussi que ce qui ne nous rassure pas c'est que sa collègue nous confie (sans tact d'ailleurs) qu'elle a les boules de travailler avec, qu'elle a pleuré le matin même lorsqu'elle a appris qu'elle ferait équipe avec elle et qu'on devait être rassuré de ne faire qu'accoucher avec car elle, elle allait devoir passer toute la journée en sa compagnie (sic).

12h00 :
L'anesthésiste arrive enfin et nous sommes interloqués de l'entendre dire que c'est pour poser la péridurale car à notre connaissance on se dirige vers une césarienne. Celle-ci nous annonce qu'il n'en es rien, que le Dr Mintz veut tenter la voie basse et qu'ils le savent depuis des heures. C'est encore G. qui nous a laissé dans l'ignorance, nous laissant nous débattre avec cette inquiétude pour rien. L'anesthésiste constate que G. n'a rien préparé de son matériel mais reste professionnelle et fait tout elle même. Bien plus que son propre travail d'ailleurs puisqu'elle essaie aussi de remettre en marche la perfusion. Heureusement nous avons affaire à une femme douce et très humaine. Ce qui équilibre avec l'acariâtre G.

13h30 :
Le Dr Mintz repasse voir Cathy et bizarrement semble remonter contre G. . Il semblerait que celle-ci ait fait des conneries ailleurs aussi. Il lui reproche de ne pas encore avoir rompu la poche des eaux, ce qu'il fera lui même, et Cathy en profite pour lui faire comprendre qu'on ne veut pas d'elle pour l'accouchement, qu'on ne lui fait aucune confiance à cause des erreurs faites et du manque d'informations.

15h00 :
Cathy déguste grave, la douleur se propage dans les reins. Quand on en fait part à G. qui reste notre seule interlocutrice celle-ci nie la douleur de Cathy en nous certifiant que c'est pas vrai, qu'elle n'a pas mal.

15h30 :
Cathy sent que l'échéance approche et souffre trop. G. se dit qu'elle doit sans doute appeler le Dr Mintz.

15h45 :
G. tourne en rond et continu de se dire à voix haute qu'elle doit appeler le Dr Mintz. L'anesthésiste passe et précipite un peu les choses. L'ambiance commence a se réveiller.

15h50 :
Une jeune auxiliaire puéricultrice fait son entrée, se présente, et on sent que l'équipe d'accouchement est en train de changer. Pour notre bonheur.

15h55 :
Le Dr Mintz fait son entrée, jovial et décontracté à son habitude. Il commence à préparer le lit afin que celui ci soit en position pour l'accouchement. Il rencontre quelques problèmes dans sa manipulation et lorsque G. tente de l'aider il l'envoie bouler en lui disant d'arrêter, qu'elle en avait déjà trop fait. La salle semble se remplir au fur et à mesure. L'anesthésiste est présente, la jeune auxiliaire, celle qui est là depuis ce matin aussi, elle se tient en arrière avec G. Une autre personne est présente peut-être aussi; tout va vite je ne suis plus sur de rien. Tout le monde s'affaire autour de Cathy et je me sens relégué au fond de la salle. Je la vois souffrir de loin et ne suis pas certain qu'on me laisse m'approcher plus. Finalement le vide se fait du coté où je dois me poster et je m'y tiens. Par sureté j'approche le fauteuil pas trop loin derrière moi au cas où un malaise me prenne.

16h00 :
Le Dr Mintz lance le coup d'envoie en demandant à Cathy de pousser. Je lui maintiens la nuque et lui relève la tête lorsqu'elle pousse. Poussant avec elle. Lui murmurant des encouragements à l'oreille. L'anesthésiste et d'autres personnes dans la salle l'encouragent aussi en lui disant qu'elle travaille très bien, que ce qu'elle fait est super. Dr Mintz dit que les cheveux apparaissent et me demande si je veux voir. Je me défile gentiment.

16h10 :
Lisa pousse son premier cri. On pose une serviette sur le ventre de Cathy et lui dépose son enfant dessus. Elles échangent un regard, une caresse, et tout est dit. L'instant se fige dans le temps.
Quelques secondes plus tard des mains attrapent Lisa en l'entraînant à toute vitesse hors de la salle. Je les suis. Je les vois s'apprêter à enfoncer des tuyaux dans le nez et la bouche de la petite pour y retirer le mucus et je retourne vite en salle voir comment va Cathy. Dr Mintz est en train de lui prodiguer les soins d'après accouchements. Elle me dit de pas m'inquiéter et de retourner auprès de Lisa. Je saute ainsi d'une salle à l'autre, cherchant à me rendre utile, alors que je ne le peux pas. Ne voulant rien rater, alors que je ne le peux pas. Cherchant ma place entre la femme de ma vie et la nouvelle petite femme de ma vie. Je m'active beaucoup à sauter entre ces salles, peut-être pour ne pas me laisser submerger par l'émotion afin de garder un minimum la tête froide pour être réactif si on me demande quelque chose.

16h20 :
Je suis auprès de Cathy et on nous amène Lisa. On la met bien au chaud entre le ventre de Cathy et la couverture à cause de la clim'. Il lui faut pas longtemps avant de chercher le sein et nous passons ainsi deux heures tranquilles tout les trois une fois que tout le monde a quitté la salle. Faisant connaissance avec notre enfant qui garde tout ce temps les yeux écarquillés. Nous étonnant par son éveil et sa vivacité.



18h20 :
Ca s'agite dans la salle, sage-femmes et auxiliaires prennent possession des lieux pour nous préparer à la montée en chambre. Lisa est entraînée hors de la salle dans son berceau en plexiglas. Une fois dans les couloirs ça se précipite et ça sent la désorganisation. On emmene Cathy d'un côté dans son fauteuil roulant et moi de l'autre pour aller récupérer les affaires posées dans le chambre le matin même car une autre s'est libérée un étage plus haut. Mais avant de partir chacun de notre coté tout le monde se pose la même question : Où est Lisa??
Cette dernière a disparue. Elle n'est nulle part à l'étage et je sens mon sang bouillir. Le personnel pense qu'une de leur collègue l'a montée mais elles ont l'air aussi inquiète que nous. Ce qui ne nous rassure pas. On décide donc de monter en chambre en espérant que Lisa nous ait devancée. Je m'arrête avec une sage-femme au 5ème étage pour récupérer nos affaires et là la série noire continue; notre sac avec toute notre paperasse, tous nos documents, a disparu. Je deviens colère. Je prend le sac d'affaires restant et menace dans l'ascenseur de faire un scandale si l'issu n'es pas heureuse. Je rejoint enfin Cathy, et Lisa heureusement là (une sage-femme m'aurait dit qu'elle l'emmenait en chambre mais je devait être très préoccupé car j'en ai gardé aucun souvenir. Mea Culpa), dans ce qui est considéré comme la suite royale de la clinique (imaginez un peu, la chambre est plus grande que notre appart). Elle possède une salle de bain, des toilettes séparées mais donne sur une avenue très bruyante de jour comme de nuit. Malgré tout, ça ne nous empêchera jamais de dormir les nuits suivantes; Lisa se chargeant de bien nous fatiguer.



On m'amene un lit pliant pour que je puisse rester près de mes petites femmes le temps du séjour à la clinique et ensuite la ronde du personnel commence, avec celles qui viennent se présenter à nous et celle qui viennent déjà nous apprendre les premiers gestes comme ceux du change. Mais cela est une autre histoire...


Une petite dernière anecdote pour la route en espérant qu'elle vous fera rire comme nous après coup : En fin de journée G. vient voir Cathy qui se trouve seule dans la salle d'accouchement et lui demande "Vous êtes madame untel?", "Ah non, certainement pas" que répond ma moitié, G. reprend, dépitée "Ah ! C'est parce que j'ai des papiers à remplir...... et vous ne savez pas qui c'est par hasard?"...

4 commentaires:

Anonyme a dit…

Et bien, que de péripéties!
Dites, j'ai envie d'encastrer G. dans le mur. Je peux?

Bref, tout est bien qui fini bien! Félicitations aux parents, bravo à Cathy et bienvenue à Lisa!

Anonyme a dit…

Et bien , on vous a gâté !?!
C'est peut-être au cas où, déjà normalement, un accouchement, n'est pas en soi, une aventure :D
Enfin, après coup, quand tout va bien, on doit respirer ........

Cal'

LeGM a dit…

Tiens, madame Prytwen en personne ? :))

Bienviendu par chez nous inspecteur ;o)

Anonyme a dit…

Je découvre ton blog par le biais de Daddycool.
Je trouve que vous etes restés bien calme et gentil avec la gregnasse. Meme avec mes contractions je l'aurai collé au mur lol.
Félicitations, maintenant faut que je lise le reste ;)